
Prévention des TMS en entreprise
SOMMAIRE
Pourquoi les TMS sont devenus un sujet stratégique pour les dirigeants
Comprendre les TMS : un problème multifactoriel, au cœur du travail
Pourquoi les TMS concernent directement les dirigeants et décideurs
Le coût de l’inaction : au‑delà des seules indemnités
Approches ponctuelles vs prévention durable : changer d’échelle
Prévention des TMS en entreprise : un levier de stratégie RH et de performance durable
Le rôle d’un réseau de kinésithérapeutes préventeurs auprès des dirigeants
Conclusion
Références bibliographiques
Pourquoi les TMS sont devenus un sujet stratégique pour les dirigeants
Les troubles musculo‑squelettiques (TMS) constituent aujourd’hui la première cause de maladies professionnelles indemnisées en France, tous secteurs confondus [1]. Ils représentent plusieurs dizaines de milliers de cas reconnus par an et des millions de journées de travail perdues, avec un coût financier dépassant le milliard d’euros pour les seules entreprises du régime général [1]. Au‑delà de ces chiffres, les TMS se traduisent par des parcours professionnels fragilisés, des équipes désorganisées et une difficulté croissante à maintenir durablement les compétences au travail [2]. Pour un dirigeant de PME, un DRH, un DGS ou une direction des soins, les TMS ne sont donc plus un simple sujet de santé au travail. La prévention des TMS en entreprise constitue un enjeu stratégique qui touche à la continuité de service, à la performance opérationnelle et à l’attractivité de la structure.
Comprendre les TMS : un problème multifactoriel, au cœur du travail
Les TMS regroupent un ensemble d’atteintes qui touchent les muscles, les tendons, les nerfs et les articulations, principalement au niveau des membres supérieurs et du rachis [2][3]. Ils se manifestent par des douleurs, une raideur, une perte de force ou de sensibilité, qui peuvent à terme limiter fortement la capacité à tenir son poste [2][3]. L’INRS rappelle que les TMS sont le résultat de la combinaison de multiples facteurs liés au poste de travail, à l’environnement, à l’organisation et aux caractéristiques individuelles [2][4].
On distingue classiquement plusieurs types de facteurs :
Facteurs biomécaniques
Facteurs organisationnels
Facteurs psychosociaux
Les travaux épidémiologiques récents confirment que ce « modèle multifactoriel » est la meilleure manière de comprendre l’émergence et la chronicisation des TMS [5][7]. Une approche strictement biomédicale ou centrée sur les seuls gestes individuels ne suffit donc pas : la prévention efficace repose d’abord sur une compréhension fine du travail réel – c’est‑à‑dire de ce que font concrètement les salariés ou agents pour tenir leur activité, au‑delà de ce qui est prescrit [2][4][9].
Pourquoi les TMS concernent directement les dirigeants et décideurs
Les TMS engagent d’abord la responsabilité de l’employeur (ou de l’autorité territoriale) au regard de l’obligation générale de sécurité et de prévention des risques professionnels [10]. Mais leur impact va bien au‑delà de la conformité réglementaire. Ils affectent directement :
- la continuité d’activité : absences répétées, remplacements difficiles, activité réorganisée dans l’urgence [1][6] ;
- la qualité du service ou de la production : délais dégradés, erreurs, diminution de la vigilance et de la précision [2][6] ;
- la cohésion et l’engagement des équipes : surcharge des collègues, sentiment d’injustice, usure professionnelle [6][9] ;
- l’attractivité employeur : image d’un métier ou d’un service « usant », difficulté à recruter et à fidéliser [1][11].
L’étude de Santé publique France sur les TMS liés au travail montre qu’une part importante des cas est attribuable aux contraintes professionnelles, et qu’un scénario de prévention même modeste (réduction de 10 % des cas liés au travail) permettrait déjà de réduire significativement le nombre de cas dans les secteurs les plus exposés [11][12]. Pour un dirigeant, cela signifie que des marges de manœuvre existent : une politique structurée de prévention peut concrètement réduire les arrêts et les restrictions d’aptitude.
Dans les PME, l’impact est souvent plus brutal : l’absence d’une seule personne clé peut déséquilibrer tout un service ou un atelier. Dans les collectivités et les hôpitaux, ce sont la continuité de service et la capacité à maintenir une offre de qualité auprès des usagers et des patients qui sont directement touchées [6][10]. Dans tous les cas, les TMS fragilisent la trajectoire stratégique de la structure.
Le coût de l’inaction : au‑delà des seules indemnités
Lorsqu’on parle de TMS, on pense spontanément au coût des arrêts de travail et des indemnisations. Ces coûts sont réels et élevés, mais ils ne représentent que la part visible de l’iceberg [1][2][3]. Les travaux de l’INRS et d’équipes spécialisées en ergonomie montrent que les conséquences les plus lourdes se situent souvent ailleurs :
- désorganisation chronique : réaffectations de tâches, replanification, perte de repères pour les équipes ;
- perte de productivité : postes mal adaptés, ralentissements, impossibilité de tenir certains objectifs [1][13] ;
- coûts de remplacement et de formation : renouvellement plus rapide des effectifs, temps de montée en compétence ;
- dégradation de la qualité : erreurs, incidents, baisse de satisfaction des clients ou des usagers [2][6][13].
Pour un décideur, la question clé n’est donc pas seulement « Combien coûtent les TMS ? », mais surtout : « Que me coûte aujourd’hui le fait de ne pas agir sur les TMS ? ».
L’étude de Santé publique France sur les cas théoriquement évitables montre que, dans certains secteurs où une grande part des TMS est attribuable au travail, une réduction même limitée des expositions professionnelles peut déjà se traduire par un nombre non négligeable de cas évités [11][12]. Cette logique de coût évité est centrale pour penser la prévention en termes d’investissement plutôt que de dépense.
Approches ponctuelles vs prévention durable : changer d’échelle
Face à ces enjeux, de nombreuses organisations ont recours à des actions ponctuelles : formation « gestes et postures » en une demi‑journée, séances isolées d’exercices, achat de quelques équipements ergonomiques sans réflexion globale sur l’organisation [6][13]. Ces actions peuvent avoir un intérêt de sensibilisation, mais la littérature scientifique comme le retour d’expérience montrent que leurs effets sur la réduction durable des TMS restent limités lorsqu’elles ne s’inscrivent pas dans une démarche globale [6][7][13].
Les revues systématiques et synthèses internationales consacrées aux interventions ergonomiques et à l’activité physique au travail convergent vers plusieurs constats :
- les interventions purement techniques (par exemple, changer uniquement un dispositif matériel) ont des effets modestes si elles ne s’accompagnent pas d’une adaptation de l’organisation du travail ;
- les programmes combinant ergonomie, organisation et activité physique (éducation, renforcement, échauffement, etc.) obtiennent de meilleurs résultats sur la douleur, la fonction et parfois l’absentéisme [7][14][15] ;
- la participation active des salariés/agents et des managers est un facteur déterminant de réussite [6][9][14].
C’est précisément ce que formalise la démarche de prévention des TMS publiée récemment par l’INRS (brochure ED 6518) : une approche en quatre étapes – engagement, état des lieux, analyse approfondie, transformation des situations de travail – avec trois actions transversales continues : mobiliser, communiquer, évaluer [9][16].
Pour un dirigeant, la question n’est donc pas de « faire un peu de TMS de temps en temps », mais d’intégrer la prévention des TMS dans la conduite normale de l’organisation, au même titre que la qualité, la sécurité ou la gestion financière.
Prévention des TMS en entreprise : un levier de stratégie RH et de performance durable
- un engagement explicite de la direction, formalisé et partagé, qui donne du sens au projet ;
- une gouvernance claire : comité de pilotage, articulation avec la QVCT, la prévention, la médecine du travail, les représentants du personnel ;
- une analyse du travail réel qui va au‑delà des fiches de poste, pour comprendre comment les personnes régulent les contraintes au quotidien ;
- des actions structurelles qui touchent l’organisation, les postes, les flux, les équipements et non uniquement les comportements individuels ;
- une évaluation régulière des résultats (absentéisme, restrictions, perception des équipes, qualité du service) pour ajuster la démarche.
Dans cette logique, la prévention des TMS devient un levier de politique RH et de performance durable : elle contribue à réduire les arrêts et la désinsertion professionnelle, à améliorer la qualité de service, à renforcer l’attractivité des métiers et à allonger la durée de vie professionnelle dans de bonnes conditions [1][2][11].
Pour y parvenir, il est souvent utile de s’appuyer sur des partenaires externes capables de faire le lien entre les connaissances scientifiques, les référentiels institutionnels (INRS, Santé publique France, etc.) et la réalité des entreprises et des collectivités.
Le rôle d’un réseau de kinésithérapeutes préventeurs auprès des dirigeants
Les masseurs‑kinésithérapeutes formés à la santé au travail disposent d’une expertise spécifique du mouvement, de la gestuelle professionnelle et des adaptations corporelles à l’effort [3][5]. Au sein d’un réseau structuré comme Kiné France Prévention, les kinési‑préventeurs interviennent en articulation avec les acteurs internes (direction, RH, encadrement, CSE, services de santé au travail) pour :
- contribuer à l’état des lieux en objectivant les sollicitations musculo‑squelettiques et les plaintes ;
- participer à l’analyse du travail réel, en mettant en regard contraintes biomécaniques, organisationnelles et psychosociales ;
- co‑construire des actions structurelles et des actions de formation : aménagements de postes, évolution des organisations, programmes d’échauffement et de renforcement adaptés à l’activité réelle ;
- accompagner l’évaluation dans le temps : évolution des symptômes, retours des équipes, impact sur l’absentéisme et la continuité de service.
Conclusion
Les TMS ne sont plus un sujet périphérique : ils concentrent une grande partie des enjeux de santé au travail, de performance opérationnelle, de qualité de service et d’attractivité des employeurs [1][2][11]. Pour un dirigeant, les considérer comme un enjeu stratégique revient à passer d’une logique de gestion des conséquences (arrêts, remplacements, tensions sociales) à une logique de maîtrise des causes et d’investissement durable dans la capacité de travail des équipes.
Les connaissances scientifiques et les référentiels institutionnels offrent aujourd’hui un cadre solide pour agir. L’enjeu, pour chaque organisation, est de se doter d’une démarche structurée, adaptée à son contexte et pilotée dans la durée, en s’appuyant sur des partenaires capables de faire le lien entre travail réel, données probantes et projet d’entreprise ou de service.

Références bibliographiques
1 : INRS. Troubles musculosquelettiques (TMS) – Statistiques. INRS, 2025.
2 : INRS. Troubles musculosquelettiques (TMS). Ce qu’il faut retenir. INRS, mise à jour 2026.
3 : INRS. Troubles musculosquelettiques (TMS). Risques. INRS, 2024.
4 : INRS. Troubles musculosquelettiques (TMS). Facteurs de risque. INRS, 2026.
5 : Dunn M, Rushton AB, Mistry J, Soundy A, Heneghan NR. The biopsychosocial factors associated with development of chronic musculoskeletal pain. An umbrella review and meta-analysis of observational systematic reviews. PLoS One. 2024;19(4):e0294830.
6 : INSPQ. Facteurs de risque des troubles musculosquelettiques liés au travail. Institut national de santé publique du Québec, 2022.
7 : Taibi Y, Metzler Y, Bellingrath S, Müller A. A systematic overview on the risk effects of psychosocial work characteristics on musculoskeletal disorders, absenteeism, and workplace accidents. Applied Ergonomics. 2021;95:103434.
8 : Karasek RA. Job Demands, Job Decision Latitude, and Mental Strain: Implications for Job Redesign. Administrative Science Quarterly. 1979;24:285‑308.
9 : INRS. Démarche de prévention des troubles musculosquelettiques (ED 6518). INRS, 2024.
10 : Ministère du Travail. Santé et sécurité au travail – Obligations de l’employeur. Travail-emploi.gouv.fr, 2020.
11 : Descatha A, et al. Troubles musculo-squelettiques liés au travail : nombre de cas évitables par l’application d’un scénario théorique de prévention. Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire. 2021;3:50‑57.
12 : Santé publique France. Troubles musculo-squelettiques liés au travail : nombre de cas évitables par l’application d’un scénario théorique de prévention. Synthèse en ligne, 2021.
13 : INRS. Prévenir les troubles musculosquelettiques (TMS) – Actualité et enjeux. INRS, 2026.
14 : Cochrane Work. Ergonomic interventions for preventing work-related musculoskeletal disorders of the upper limb and neck. Cochrane Review, 2025.
15 : Combined Ergonomic and Physical Activity Interventions for Work-Related Musculoskeletal Disorders. Journal of Occupational Rehabilitation. 2025.
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